Côte d’Ivoire : bénévole de crise

Quand les Français et tous les Européens de Côte d'Ivoire se sont retrouvés menacés, et qu'il a fallu dénicher des avions pour les aider à quitter le pays, la solidarité européenne a joué à plein régime. Les suédois ont tout de suite proposé de prêter un avion pour faire des rotations entre Accra, au Ghana, et Abidjan. En cellule de crise du Ministère des Affaires Etrangères, en France, on nous a dépêché un agent de liaison. Il a passé ses journées à téléphoner au monde entier pour permettre à des expatriés, tant Français qu’ Allemands, Suédois ou Norvègiens de décoller et de quitter un pays où ils étaient menacés. Bien sûr, la même chose a été entreprise pour tous les avions. Au total, la France a pu secourir plusieurs centaines de citoyens européens. Preuve que face au danger, la solidarité européenne est une réalité, pas seulement une hypothèse.

Louis, bénévole.

février 15, 2005 dans Europe solidaire | Permalink | Commentaires (222) | TrackBack

Le 11 mars, j’étais un étudiant français à Atocha.

L’Europe pour moi, c’est d’abord une expérience humaine. J’ai passé une année universitaire à Madrid. J’y ai vécu sous le même toit que des Allemands, des Italiens et des Espagnols, tous assez fêtards…L’Union Européenne, pour moi, c’est avant tout une colocation où plusieurs nationalités partagent un espace commun. Dans mon cas un appart’ qui fut l’épicentre mondial de la rigolade. Mais c’est aussi des échanges d’idées et de points de vues. La place de nos différents pays dans l’Union européenne faisaient également partie de nos sujets de conversation quotidiens.

Mon souvenir le plus marquant de cette expérience, c’est le 11 mars 2004. Ce jeudi s’annonçait pourtant bien. Il devait commencer par une grasse matinée permise par une grève universitaire ! Il n’en fut rien. Réveillés par les appels de nos proches venus des quatre coins d ’ Europe, nous nous sommes tous retrouvés devant la télévision à découvrir l’inimaginable : un attentat à la gare d’Atocha. On aurait tous pu dire ce jour-là : «ich bin ein "Madrilener"! »
C’est cette image que je garde de mon expérience européenne, celle de nos yeux encore endormis mais bien horrifiés par cette tragédie que venait de connaître la ville de Madrid, devenue la nôtre.
Ce jour là nous n’étions plus seulement français, allemand, italien, espagnol, ou même européens; mais bien madrilènes.
J’ai été témoin de la cohésion des peuples; cohésion que l’on ne peut pas seulement attribuer à l’Europe, mais qui en est en grande partie à l’origine.

février 15, 2005 dans Europe solidaire | Permalink | Commentaires (3) | TrackBack

26 Décembre 1999 : un souffle de solidarité.

« J’ai entendu dire par les médias qu’EDF avait besoin de matériel et j’ai immédiatement compris qu’il fallait qu’on se rende en Alsace», raconte Klaus, qui vient directement de Stuttgart.

« Dès les premiers jours, EDF a décidé de faire appel à l’aide internationale et surtout européenne. Dans le contexte de dérégularisation des marchés de l’électricité, on ne s’attendait pas à ce que les concurrents répondent à cette sollicitation exceptionnelle. Or, c’est exactement le contraire qui s’est produit. Tous se sont montrés vraiment solidaires. Et cet effort commun va se traduire très rapidement sur le terrain. Dès le 29 décembre, les électriciens de plusieurs dizaines de sociétés en Europe se mobilisent pour porter assistance à l’entreprise publique française.»
« La mobilisation a été totale dans l’Europe de l’électricité qui se construit pas à pas. »
« C’ était important aussi que les collègues d’ Electricité de France voient qu’il y avait quelqu’un pour les aider. C’est une question morale. »
« De jour en jour la solidarité européenne et internationale s’amplifie. Le 1er janvier 2000, alors que les grandes frayeurs du «bogue» se sont définitivement évanouies, plus de mille techniciens étrangers étaient déployés sur le terrain.
« On baragouinait comme on pouvait, c’était l’Europe du langage des mains qui se mettait en place. Le 3 janvier ils sont 1126 étrangers à pied d’œuvre, présents sur des dizaine de chantiers. Dix-sept pays se sont mobilisés.»
« Nous travaillons en moyenne douze heures par jour dans des conditions bien plus difficiles qu’habituellement. »
« Ils mesurent les immenses dégâts en ce premier jour de janvier 2000. Allemands, Tchèques, Belges, Luxembourgeois et Anglais se sont déployés sur plusieurs zones. Plusieurs dizaines d’européens, tous volontaires viennent prêter main-forte à leurs collègues français. On a fait des barbecues en pleine nuit au milieu des forêts ! Bonjour les souvenirs « euro-champêtres ».
Aussi incroyable que cela puisse paraître, aucun problème de langue ou de coordination ne s’est posé entre nous. L’objectif commun était de fiabiliser au plus vite l’alimentation des agglomérations. Une nouvelle page de l’Europe s’est écrite ces jours-là… »

février 4, 2005 dans Europe solidaire | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack

Avec les volontaires sur les plages de Galice

Plusieurs mois après le naufrage du Prestige, j’ai filmé le séjour d’une trentaine de volontaires français partis nettoyer les plages en Galice. Ils sont restés quatre jours, et font partie des 15000 volontaires venus de leur propre initiative en un an dans ce port de pêche. Sur le mur intérieur du café du port on pouvait lire des messages laissé par des volontaires des quatre coins de l’Europe, mais aussi du monde. On m’a raconté le cas d’un ukrainien descendu en stop pour un week-end et qui était resté nettoyer quinze jours.

Durant mon séjour, j’ai discuté avec un anglais venu de Suisse et qui donnait-là trois semaines de ses vacances. Il avait un peu de mal à échanger à cause de la langue. Au début, il nettoyait tout seul dans son coin. Il était victime d’une double difficulté : la langue, mais aussi les protections qui recouvrait les visages pendant le travail et qui plongeaient chacun dans un anonymat de science-fiction au milieu des vents et des plages dévastées par la marée noire.

Quand quelqu’un craquait, les guides espagnols proposaient un café ou une cigarette. Un dialogue fait de regards et de petits gestes redonnait alors le sourire. Les mots devenant inutiles à exprimer la douleur ou la rage, ce sont les mains qui parlaient à l’unisson dans leur fureur de racler le goudron des rochers. Une lumière particulière s’allumait ensuite dans les yeux, autour du sandwich offert par les autorités : un sentiment de fierté, comme d’appartenir à la même communauté d’hommes et de femmes.

Oui, l’Europe était là une réalité palpable comme une amicale tape dans le dos, entre des gens de tout horizon qui se découvraient dans le sauvetage de la mer un idéal commun. Par contre, le soir, autour de la table, si l’Europe s’invitait encore, c’était sous un angle moins glorieux : chacun cherchait à comprendre pourquoi en ce début de XXIème siècle ce type de catastrophe n’était pas mieux prévenu, pas mieux géré : et chacun rêvait d’emmener nettoyer ne serait-ce qu’une heure son député, son président, un responsable quoi ! pour qu’il comprenne enfin la monstruosité de ce qui arrivait ici et que l’ensemble des médias s’ingéniait à minimiser !

Le propos de mon film était de suivre le travail des volontaires, travail souvent occulté pour des raisons évidentes de politique intérieure. Voici quelques témoignages qui évoquent cette «communauté sans frontière » :

Un journaliste de la SER
« Dans un sens, les volontaires ont eu un effet très positif. Comme ils n’étaient pas dépendants des autorités locales, ils pouvaient dire ce qu’ils pensaient vraiment, ce qui a permis un effet multiplicateur sur le réveil des consciences un peu partout en Espagne. »

Wayne, volontaire anglais
« I very much enjoyed meeting the other volunteers. But i speak almost no spanish. The other volunteers with whom i worked come from Catalonia, Balearic islands. It’s been a wonderful experience meeting them. They have a very positive attitude. One with whom i spoke was very interesting. They have a tremendous sense of our common purpose on the beach. Every one works hard. It’s been inspiring, really ! »

Soizic, une volontaire française de Montpellier :
«C’est un travail d’équipe, c’est ce qui nous aide à tenir sur le plan moral. On rencontre des gens de partout, des Espagnols, des Hollandais. On parle, on échange, on voit pourquoi ils sont là, pourquoi on est là. Et on réalise qu’il faudra encore beaucoup de monde sur cette plage avant qu’elle soit nickel.»

Pépé, un pompier volontaire des Baléares perdu dans le groupe des français.
« Je suis content d’être avec vous »

Alain, un volontaire alsacien :
« On est dans un monde de mutants, un monde qui ne nous appartient plus. On fait partie d’une vaste chaîne de solidarité. Notre signe de reconnaissance c’est le blanc de nos combinaisons. Blanc au début, noir à la fin. Un noir qui symbolise une sorte de mort. La mort de nos combinaisons à travers lesquelles j’espère on va réussir à expurger le mal… »

Jaime, responsable espagnol des volontaires de la plage :
« il y a une demi heure j’ai vu cette jeune fille française qui pleurait dans sa combinaison Je lui ai demandé qu’est-ce qui ne va pas ? Elle m’a répondu qu’elle était vidée, qu’elle ne pouvait plus rien faire, que tout ça lui semblait trop vain. Que ça faisait trois heures qu’elle grattait les rochers pour ne même pas avoir rempli un demi-seau de pétrole. Comme elle, il y en a beaucoup qui sont entrés dans une grande dépression, et qui n’ont pas pu continuer à nettoyer, alors je lui ai offert une cigarette, je l’ai consolé et je lui ai dit que c’était très important pour nous qu’elle soit-là,; même si ça ne semblait pas grand-chose, c’était très important… un peu plus tard, elle m’a confié que c’était la première fois qu’elle sentait l’importance de cette solidarité entre nous…

Le maire adjoint de Camariñas :
C’est triste à dire, mais sans les volontaires, à l’heure actuelle, les plages seraient toujours pleines de « Chapapote » ( ndlr : déchets pétroliers)...

Février-Juin 2002
Par Marc Khanne, réalisateur.

février 4, 2005 dans Europe solidaire | Permalink | Commentaires (0) | TrackBack