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Avec les volontaires sur les plages de Galice

Plusieurs mois après le naufrage du Prestige, j’ai filmé le séjour d’une trentaine de volontaires français partis nettoyer les plages en Galice. Ils sont restés quatre jours, et font partie des 15000 volontaires venus de leur propre initiative en un an dans ce port de pêche. Sur le mur intérieur du café du port on pouvait lire des messages laissé par des volontaires des quatre coins de l’Europe, mais aussi du monde. On m’a raconté le cas d’un ukrainien descendu en stop pour un week-end et qui était resté nettoyer quinze jours.

Durant mon séjour, j’ai discuté avec un anglais venu de Suisse et qui donnait-là trois semaines de ses vacances. Il avait un peu de mal à échanger à cause de la langue. Au début, il nettoyait tout seul dans son coin. Il était victime d’une double difficulté : la langue, mais aussi les protections qui recouvrait les visages pendant le travail et qui plongeaient chacun dans un anonymat de science-fiction au milieu des vents et des plages dévastées par la marée noire.

Quand quelqu’un craquait, les guides espagnols proposaient un café ou une cigarette. Un dialogue fait de regards et de petits gestes redonnait alors le sourire. Les mots devenant inutiles à exprimer la douleur ou la rage, ce sont les mains qui parlaient à l’unisson dans leur fureur de racler le goudron des rochers. Une lumière particulière s’allumait ensuite dans les yeux, autour du sandwich offert par les autorités : un sentiment de fierté, comme d’appartenir à la même communauté d’hommes et de femmes.

Oui, l’Europe était là une réalité palpable comme une amicale tape dans le dos, entre des gens de tout horizon qui se découvraient dans le sauvetage de la mer un idéal commun. Par contre, le soir, autour de la table, si l’Europe s’invitait encore, c’était sous un angle moins glorieux : chacun cherchait à comprendre pourquoi en ce début de XXIème siècle ce type de catastrophe n’était pas mieux prévenu, pas mieux géré : et chacun rêvait d’emmener nettoyer ne serait-ce qu’une heure son député, son président, un responsable quoi ! pour qu’il comprenne enfin la monstruosité de ce qui arrivait ici et que l’ensemble des médias s’ingéniait à minimiser !

Le propos de mon film était de suivre le travail des volontaires, travail souvent occulté pour des raisons évidentes de politique intérieure. Voici quelques témoignages qui évoquent cette «communauté sans frontière » :

Un journaliste de la SER
« Dans un sens, les volontaires ont eu un effet très positif. Comme ils n’étaient pas dépendants des autorités locales, ils pouvaient dire ce qu’ils pensaient vraiment, ce qui a permis un effet multiplicateur sur le réveil des consciences un peu partout en Espagne. »

Wayne, volontaire anglais
« I very much enjoyed meeting the other volunteers. But i speak almost no spanish. The other volunteers with whom i worked come from Catalonia, Balearic islands. It’s been a wonderful experience meeting them. They have a very positive attitude. One with whom i spoke was very interesting. They have a tremendous sense of our common purpose on the beach. Every one works hard. It’s been inspiring, really ! »

Soizic, une volontaire française de Montpellier :
«C’est un travail d’équipe, c’est ce qui nous aide à tenir sur le plan moral. On rencontre des gens de partout, des Espagnols, des Hollandais. On parle, on échange, on voit pourquoi ils sont là, pourquoi on est là. Et on réalise qu’il faudra encore beaucoup de monde sur cette plage avant qu’elle soit nickel.»

Pépé, un pompier volontaire des Baléares perdu dans le groupe des français.
« Je suis content d’être avec vous »

Alain, un volontaire alsacien :
« On est dans un monde de mutants, un monde qui ne nous appartient plus. On fait partie d’une vaste chaîne de solidarité. Notre signe de reconnaissance c’est le blanc de nos combinaisons. Blanc au début, noir à la fin. Un noir qui symbolise une sorte de mort. La mort de nos combinaisons à travers lesquelles j’espère on va réussir à expurger le mal… »

Jaime, responsable espagnol des volontaires de la plage :
« il y a une demi heure j’ai vu cette jeune fille française qui pleurait dans sa combinaison Je lui ai demandé qu’est-ce qui ne va pas ? Elle m’a répondu qu’elle était vidée, qu’elle ne pouvait plus rien faire, que tout ça lui semblait trop vain. Que ça faisait trois heures qu’elle grattait les rochers pour ne même pas avoir rempli un demi-seau de pétrole. Comme elle, il y en a beaucoup qui sont entrés dans une grande dépression, et qui n’ont pas pu continuer à nettoyer, alors je lui ai offert une cigarette, je l’ai consolé et je lui ai dit que c’était très important pour nous qu’elle soit-là,; même si ça ne semblait pas grand-chose, c’était très important… un peu plus tard, elle m’a confié que c’était la première fois qu’elle sentait l’importance de cette solidarité entre nous…

Le maire adjoint de Camariñas :
C’est triste à dire, mais sans les volontaires, à l’heure actuelle, les plages seraient toujours pleines de « Chapapote » ( ndlr : déchets pétroliers)...

Février-Juin 2002
Par Marc Khanne, réalisateur.

février 4, 2005 dans Europe solidaire | Permalink

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